dimanche 18 mars 2012

Si

SI...


Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie

Et sans dire un seul mot te remettre à rebâtir,

Ou perdre d'un seul coup le gain de cent parties

Sans un geste et sans un soupir ;



Si tu peux être amant sans être fou d'amour,

Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre

Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,

Pourtant lutter et te défendre ;



Si tu peux supporter d'entendre tes paroles

Travesties par des gueux pour exciter des sots,

Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles

Sans mentir toi-même d'un seul mot ;



Si tu peux rester digne en étant populaire,

Si tu peux rester peuple en conseillant les rois

Et si tu peux aimer tous tes amis en frère

sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi ;



Si tu sais méditer, observer et connaître

Sans jamais devenir sceptique ou destructeur ;

Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,

Penser sans n'être qu'un penseur;



Si tu peux être dur sans jamais être en rage,

Si tu peux être brave et jamais imprudent,

Si tu sais être bon, si tu sais être sage

Sans être moral ni pédant ;



Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite

Et recevoir ces deux menteurs d'un même front,

Si tu peux conserver ton courage et ta tête

Quand tous les autres les perdront,



Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire

Seront à tout jamais tes esclaves soumis

Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire,

Tu seras un homme, mon fils





R. Kipling

1 commentaire:

Laure T. a dit…

Pour Sophie, d'une ancienne collègue :

SI

Si tu peux te réjouir du beau à l'infini
Et estimer la vie
Malgré les barbaries,
Si tu n’ignores pas que tu as de la chance
Et que cela t’exempte
De plaintes indécentes,

Si tu peux ignorer toujours la calomnie
Et poursuivre ta vie
Sans vengeance assouvie,
Si un acte insensé, au lieu de te détruire,
Te porte à réfléchir,
A apprendre, à construire,

Si tu sais exprimer le talent que tu as,
Y trouver des bienfaits,
Et ce, sans vanité,
Si tu sais simplement profiter de ta vie,
Sans poursuivre la gloire,
Sans chercher le pouvoir,

Si tu sais humblement consoler la tristesse
Sans tenir pour faiblesse
La voix de la détresse,
Si tu sais te montrer digne de la confiance
Que pourra t'accorder
Tout autre à toi lié,

Alors tu seras libre, autant qu’on puisse l’être,
C’est-à-dire impuissant.
Tu ne seras ni roi,
Ni larbin des puissants. Tu seras un sans voix.
Tu auras peu d’amis,
Mais ils seront sans prix.

L.T.

www.http://laure-t.blogspot.fr/