dimanche 27 février 2011

les Malveillantes

Il existe toutes sorties de bruits.
J'en ai connus à mes dépens, qui se propageaient en vagues de fond.
Des bruits sales, moches, pleins de pus et de vice.
Une véritable peste, très contagieuse (enfin, chez les personnes fragiles et prédisposées, bien évidemment!).
Ces bruits soufflent comme une haleine fétide de rancoeurs et d'aigreurs, balayant sans pudeur le respect de la vie privée, du secret médical, du secret professionnel, valeurs pourtant incontournables de la dignité humaine.
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Et pourtant, il existe des personnes pour qui détourner ces valeurs est une jouissance. Des personnes elles-mêmes sans dignité, infectées par cette maladie, des personnes dont les bubons purulents éclatent au sortir de leur bouche aux chicots malfaisants toujours prêts à mordre.
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Un jour, il n'y a pas si longtemps, j'ai vécu une situation exceptionnelle. Une de ses situations compliquée, inextricable, imprévisible.
Ce genre de situations difficilement compréhensibles, je dois l'admettre, notamment par les personnes affaiblies par la malveillance.
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Mon histoire ? Pour faire simple, j'ai attendu longtemps mon deuxième enfant. Elle a vécu le drame du séisme en Haïti, qui a bouleversé sa vie et la nôtre.
Tout le monde connaît cette histoire, pour l'avoir entendue à la radio, vue à la télévision, lue dans les journaux.
Moi, je l'ai vécue.
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Le choc de l'annonce, entendue à la radio, un mercredi matin de début janvier.
Et la suite... La bataille, la guerre. Une vraie guerre, où se découvrent des ennemis et des alliés.
Des alliés fidèles, impuissants mais pleins de compassion et de gentillesse.
Des ennemis identifiés, ceux qui nous ont empêchés d'être réunis.
Et des ennemis inattendus (mais n'était-ce pas finalement prévisible ?) : ceux qui ont profité de la faille pour y introduire leur venin. Ceux qui ont distillé les vibrions de leur choléra puant, vomissant leur fluides pervers et leurs excréments pestilentiels.
Les plus sales, les plus moches, les plus méchants.
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La suite de mon histoire ?
L'injustice de la vie, sutout quand elle touche les enfants, est inacceptable. Quand vous vivez quelque chose de dramatique pour votre enfant, chaque jour qui passe augmente votre souffrance, et vous vous réveillez avec la peur au ventre, vous couchez avec la peur au ventre, et entre les deux, vous ne dormez (peu) qu'entrecoupés de violents cauchemars de séismes, d'ouragans et d'épidémies mortels !
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Pendant six mois, supporter dans ma chair à chaque seconde la peur de perdre son enfant.
Chaque seconde...
Pendant six mois !
La peur panique.
Là, dans mes tripes.
Tous les jours, tous les jours, tous les jours...
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La fin de mon histoire ?
Malheureusement, j'ai cru que c'était la fin.
Je me trompais.
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Un soir, on nous a annoncé que le passeport de notre petite serait fait dans les trois jours. Aller la chercher, partir à sa rencontre n'était plus qu'une question de jours...
Après m'être retenue pendant si longtemps, je me suis lâchée enfin... Nous avons commencé à nous préparer...
Je lui ai acheté un siège bébé, des robes, des sandalettes...
Ayant droit à une semaine de congé avant l'arrivée de l'enfant, j'ai entamé avec bonheur mon congé adoption à ce moment-là .
Puis soudain, le grand vide.
Plus de nouvelles d'Haïti...
Du tout !

Quand de nombreux horribles jours plus tard, nous avons pu avoir des bribes d'informations, nous avons appris qu'on ne retrouvait plus nos dossiers, égarés dans les méandres du service de l'immigration haïtienne. Entre temps, j'apprenais une autre mauvaise nouvelle : ma petite présentait des troubles psychologiques, séquelles probables d'une suite de traumatismes.
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Je pensais que l'épreuve en elle-même était suffisante.
Je pensais aussi que je n'avais ni à me plaindre ni à me justifier pour qu'on comprenne le drame que nous étions en train de vivre et les répercussions éprouvantes pour notre famille.
Là aussi, je me trompais.

Mon histoire n'était pas finie.
Il me fallait encore une épreuve, née de la méchanceté humaine qui chez certains atteint des profondeurs abyssales : la dénonciation, le colportage de mensonges, la suspicion, les procès d'intention...
J'ai envie de donner quelques détails, pour mieux en prendre la mesure :
Une personne (tenue pourtant par le secret professionnel) a étalé certains faits personnels me concernant au grand jour ; une autre m'a dénoncée à mon supérieur hiérarchique, lui téléphonant que j'avais abandonné mon poste ; un groupe s'est monté, riant de ma détresse, se demandant si on ne pouvait me faire craquer davantage – c'était le bon moment - en me passant des coups de téléphone anonymes...

J'en passe.
Je le disais : certains êtres humains (le sont-ils vraiment) ne jouissent que par le mal qu'ils distillent.
Je n'ai plus de mots pour qualifier le déballage indécent de saletés et d'aigreurs qui ont fait jouir ces malveillantes.
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Je n'aurais pas aimé côtoyer ces personnes en 1940...
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On m'a conseillé de porter plainte. Mais au final , c'était juste une poignée de fourbes malveillantes, qu'en fait, je plains beaucoup de ne pas savoir ce qu'est la générosité et l'empathie.
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Au terme de six mois de combats, de nuits blanches, de nouvelles contradictoires, j'ai lâché prise et suis tombée.
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Mais mon histoire a fini par aboutir.
Et une force que je n'imaginais pas m'a poussée hors de l'eau. Malgré tout, j'ai découvert que j'avais en moi autre chose : Une vague géante née à la fois de ma douleur et du sourire de mon enfant. Un monstre d'énergie !
Je crois que ça s'appelle l'énergie du désespoir...
Six mois d'énergie du désespoir à transcender ma peur.
A trouver des ressources pour faire face au chaos qu'était devenu mon quotidien.

J'ai craint à un moment de les avoir épuisées, profondément contaminée par la peste des malveillantes.

Mais parce qu'une vraie maman se bat pour son enfant, malgré les obstacles, et l'immonde travail de sape des malveillantes, j'ai sorti ma fille de l'enfer !
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J'en garde les séquelles : les coups de crocs des malveillantes marquent encore ma chair, et si le sourire quotidien de ma petite est le baume qui les soigne, j'ai parfois encore si mal que je pleure la nuit...

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