dimanche 10 janvier 2010

les petites chroniques

17 - C'est dans la poche

Quand notre dossier a été complet, nous l'avons envoyé, après que j'aie embrassé l'enveloppe (je fais toujours ça pour porter chance aux objets destinés à nous apporter de grands changements).
Puis les entretiens se sont succédés, à intervalle de deux ou trois mois, jamais trop rapprochés pour nous permettre de mûrir nos réflexions; et même si je n'y croyais pas au début, mettant sur le compte de l'inertie administrative ces rendez-vous si espacés, j'ai bien dû me rendre à l'évidence qu'en effet, petit à petit, notre point de vue, nos réflexions, notre sensibilité s'affinaient.
Et quand est venu le moment où nous nous sommes sentis prêts, soutenus par Madame Marvel, notre assistance sociale, et la psychologue, nous avons eu notre agrément, 9 mois après avoir commencé les démarches.
Une grossesse.
Avec un avis très favorable.

L'administration française nous avait donc déclarés aptes à adopter. Nous avions reçu le papier, par recommandé, et l'avions ouvert tous les deux, ensemble, sans un mot, songeant à toutes les engueulades qu'il nous avait valus.
- Nous avons le plaisir de vous informer qu'il vous est accordé l'agrément que vous sollicitez en vue de l'adoption d'un enfant, en bonne santé, d'origine et de sexe indifférents, âgé de moins de trois ans à l'arrivée à la maison. La durée de validité de cet agrément est de cinq ans, lut Julien comme si je ne savais pas lire.
- Bah ouais. Bon, et qu'est ce qu'on fait maintenant?
- Les services sociaux nous ont bien donné une liste d'organisme qui peuvent nous aider, y'a qu'à les contacter.
Y'a qu'à.

18 - Les OAA

Les OAA, organismes autorisés à l'adoption.
Il existe en France une trentaine de ces associations, assez méconnues dans l'ensemble, qui s'occupent de faire la transition entre l'adoptant, espèce sensible bien qu'en voie d'expansion, et les administrations des pays où l'adoption est possible.
Ca a l'air gentil, comme ça, de vouloir aider à créer le contact.
Ces associations, gérées chacune par une minuscule poignée de personnes qui n'ont jamais adopté, recommandées par les services sociaux, paraissent dans un premier temps à l'adoptant débutant ignare l'incontournable moyen de monter son dossier pour l'adoption internationale.
Elles portent pour la plupart des noms alléchants : Sourire de l'enfant d'Asie, les Amis des Enfants de la Terre, Chemin vers l'Amour, Fondation Enfance et Partage, Espoir du Monde, Accueil-Afrique, Vivre en Famille, Mon Enfant ma Lumière …
Cela nous paraît de bonne augure.
Lassés de faire des démarches et de monter des dossiers, nous décidons de nous laisser porter et de nous en remettre à ces spécialistes aux jolis noms.
Entraînée depuis quelques mois, reprenant ma plus belle plume, je me fends d'une trentaine de lettres de motivation - car oui, tout le monde nous demande d'être sacrément motivés – que nous envoyons (après que j'aie embrassé les enveloppes) à autant d'OAA.
Julien et moi, presque sans en discuter, avions choisi l'adoption internationale. Les délais pour avoir un enfant en France sont souvent plus longs que la durée de validité de l'agrément qui est de 5 ans. A 39 ans, nous ne pouvions pas nous permettre d'attendre autant.
Et puis, nous n'avions pas envie d'attendre.
Et puis, un enfant, c'est un enfant; d'où qu'il vienne, ce sera notre enfant.

La période qui a suivi l'envoi des courriers aux OAA a été une période très calme. Nous attendions les réponses. Qui ne venaient pas.
Pourtant, mes lettres étaient motivées.
Je n'ose les harceler.
Un mois passe.
Alors, je décide de téléphoner.
Je ressors mes dossiers, relève les coordonnées des trente organismes, et j'appelle.
Pour les vingt premiers organismes que j'appelle, je dois laisser des messages sur répondeurs, où des voix sucrées me redonnent le nom qui fait rêver et me demandent de rappeler un autre jour.
J'insiste, et tombe enfin sur un être vivant. Ma correspondante, secrétaire d'une association très connue pour ses actions humanitaires, semble dérangée par mon appel :
- Bonjour Madame, excusez-moi de vous déranger, je vous appele suite au courrier que nous vous avons envoyé il y a un mois pour un dossier d'adoption.
- Votre nom s'il vous plaît?
- Anne et Julien Martin.
- Un instant!
Accueil charmant. Je sens ma gorge se nouer, comme si j'avais fait quelque chose de mal.
- Oui, nous avons reçu votre courrier
- Oui?
- Nous ne pouvons donner suite
- Ah! Et pourquoi?
- A cause de votre âge.
- Pardon ?
- Votre âge, s'agace mon interlocutrice, comme si j'étais une demeurée mentale. Vous êtes trop âgés, on ne prend pas les couples trop vieux!
- ….
- Désolée, mais il faut bien déterminer des critères de sélection, l'âge en est un : 39 ans, c'est trop vieux.
Sa réponse me laisse sans voix, je ne m'attendais pas à cela et, les larmes aux yeux, je raccroche en trouvant tout de même la force hypocrite de lui lâcher :
- Merci madame, et bonne journée.
Elle ne répond pas. Pas la peine de perdre sa salive avec les vieux qui ne comprennent rien.

Sur tous les organismes que j'ai appelés, les réponses ont été les mêmes. On m'informait que nous étions trop âgés, ou on nous promit de nous écrire bientôt si une place se libérait, et tous les autres étaient aux abonnés absents.
Pour quelques-uns, cependant, oui, nous avions l'honneur qu'ils donnent suite à notre courrier. Soulagement.
Puis, je les entendis nous annoncer que la liste d'attente entraînait une ou deux années de délais avant de commencer une étude de notre cas avec les entretiens avec leur médecin, leur psychologue et leur assistante sociale. Quand je m'étonnai que nous avions déjà fait toutes ces démarches avec la DDASS, on me répondit que c'était la procédure.
Il nous fallait donc attendre une année (ou deux) avant d'entamer des entretiens qui dureraient environ 6 à 8 mois, puis, si nous étions aptes, nous pourrions alors monter un dossier pour le pays de notre choix.
Je remerciai ces voix anonymes qui me faisaient entrevoir la possibilité d'être mère à 50 ans - ou plus - et m'effondrai en proie à une douleur sauvage.

Les larmes dans la voix, j'ai appelé Julien, démoralisée. Nous avons longuement parlé, Je n'étais plus sûre de vouloir être maman... être maman... Le rêve simple de milliards de femmes sur terre. Le don de la nature.
Nous n'avions plus la pêche, l'envie s'amenuisait, étouffée par les critères, les paperasses, l'incompréhension. Comment une telle envie, comment notre désir d'enfant, si fort, qui nous avait fait passer par tant d'épreuves, pouvaient ainsi se rabougrir.
Parler avec Julien m'a calmée, mais je savais qu'il était triste, aussi.
Puis il eut une idée. Toute simple : Rappeler Madame Marvel pour lui demander conseil.
Ce que j'ai fait.
Comme toujours, elle a été d'excellent conseil : A peine étonnée des réponses des OAA, elle m'a affirmé que nous étions, que nous allions être des parents, des bons parents, mais que pour cela, eh oui, nous devions nous accrocher.
Elle nous faisait confiance, nous étions forts et rien ne devait entâcher notre motivation. De nombreux couples faisaient leurs démarches en individuel.
Il fallait nous y mettre. S'y remettre.
Tout de suite. Ah! Madame Marvel ! Madame Marvel ! Comme je vous ai aimée ce jour-là !

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Que dire à part que c'est immonde de faire subir ça à des gens qui souffrent déjà de ne pas pouvoir avoir des enfants. On donne espoir pour les détruire après.
Il faut beaucoup de courage pour monter un dossier car c'est souvent un vrai parcours du combattant.
Carole Dirlette

Sophie a dit…

Merci Carole...
Mais tu vas voir, la suite des aventures est bien plus heureuse... Quand on est vraiment motivé, les efforts sont toujours payants... ;-)