dimanche 20 décembre 2009

les petites chroniques

16 - Le dossier de la DDASS

Bien entendu, la belle aventure a tout de même commencé dans la douleur.
Ce serait trop facile.
La DDASS nous avait envoyé une convocation pour une première rencontre concernant les généralités.
Au milieu des magnifiques jardins de la DDASS de Versailles, on fait entrer la trentaine de personnes présentes dans un préfabriqué à néons criards, où nous nous alignons sur des chaises de cantine sans un mot. Je jette un oeil sur mes voisins, pas le temps de les détailler, les néons s'éteignent, la séance commence : un film qui me rappelle les super 8 déprimants des années 70 que nous montraient nos professeurs d'allemand quand j'étais au collège .
Nous assistons, impuissants, à l'étalage de quelques cas de figures d'adoptions réussies ou ratées pour te montrer à quoi t'attendre. Comme s'il y avait une règle ou une leçon à retenir. Les ratées, surtout, devaient avoir pour objectif de décourager les couples insuffisamment motivés, parce que c'est du violent. Montre-t-on aux parents qui ont un enfant naturel le monstre qu'il pourrait devenir à l'adolescence? J'en doute.

Quand la lumière est revenue, j'ai vu autour de moi des regards consternés, tout le monde regardant ses mains, l'air pénétré de celui qui cherche la morale de l'histoire...

Puis, une femme commenta le film, comme si nous ne l'avions pas bien compris, puis expliqua dans le menu les démarches, les réussites et les échecs de la procédure.
Là, deuxième vague de consternation, renoncement de parents démoralisés, abattement général. Le discours qu'elle annonçait optimiste mais réaliste mettait bien en évidence les incontournables difficultés et les délais impossibles.
Habitués aux situations déprimantes avec l'expérience FIV, Julien et moi avions compris que ce n'était rien qu'une étape supplémentaire de notre chemin de croix.

Nous sommes repartis de là avec une pile de document, à lire très attentivement (je n'avais pas l'intention d'en faire du papier toilette), et, pour lancer la procédure, un courrier à écrire, un peu comme une lettre de motivation.

Madame, Monsieur, nous sommes motivés pour avoir un enfant mais à part vous dire que c'est pour faire comme les milliards de parents qui peuplent la planète depuis la nuit des temps, on ne sait pas trop quoi vous dire.

- Ça fait pas très sérieux, me répondit Julien quand je le lui annonçai la teneur de ma lettre.
Alors, finalement, j'écrivis un texte sérieux, où nous expliquions les raisons profondes de notre désir d'enfant et l'espoir de fonder une famille.
Ce qui revenait au même que ma première idée.
Sauf que c'était dit de façon à ce que le service adoption de DDASS ne se fâche pas.

Un mois après avoir envoyé notre demande, nous avons reçu un accusé réception et une dizaine de feuillets à compléter, ainsi qu'une liste de documents à fournir.
Dans le désordre : casier judiciaire, extrait de naissance, extrait d'acte de mariage, bilan médical, bilan psychiatrique, relevés bancaires... assortis d'un questionnaire sur notre métier, notre famille, nos emplois du temps, nos activités...

Au début, étaler ainsi notre vie sociale et intime nous a mis en colère. Nous nous demandions pourquoi il leur fallait savoir tout cela, puisqu'avoir un enfant était la chose la plus naturelle du monde, et qu'on ne demandait pas aux parents qui fabriquaient eux-mêmes leur enfant l'état de leur compte en banque. Et puis, au gré des entretiens avec Madame Marvel, nous avons compris. Il fallait vraiment nous mettre dans la tête que nous n'allions pas avoir un enfant fait maison, mais que nous allions partir à la rencontre d'un enfant qui avait déjà une histoire et vécu un traumatisme.
Il fallait au moins lui promettre une famille qui tienne la route.

- Il ne s'agit pas de donner un enfant à des parents, nous a répété bien souvent Madame Marvel, mais des parents à un enfant.

Et en fait, ça change tout!

~~~

Aucun commentaire: