samedi 26 décembre 2009

critique littéraire


Je suis un chat, de Natsume Soseki

Je suis un chat est publié au Japon en 1905 sous le titre Wagahai ha neko de aru. Pour la France il paraît aux éditions Gallimard dans la collection Connaissance de l’Orient avec une traduction de Jean Cholley.
Il fit connaître Sôseki au grand public et lui donna le loisir de ne plus enseigner et de ne vivre enfin que de sa passion, la littérature et la poésie.

Soseki a notamment traduit un roman de Laurence Sterne qui inspira beaucoup Je suis un chat et goûta fort à l’humour nonsensique anglais des auteurs comme Swift, De Foe. Hofmann. On pense aussi au Chat Murr d’Hoffmann, et plus tard, Claude Roy écrira dans un tout autre genre « Le chat qui parlait malgré lui ». On pense également en le lisantà Lewis Carroll que Sôseki a sûrement lu et apprécié.

Dans ce roman, Kushami, un professeur de littérature anglaise ressemblant à Sôseki, adopte un chat qui n’a pas de nom puisque le roman s’ouvre sur cette phrase "Je suis un chat. Je n’ai pas encore de nom". C’est le chat qui parle et devient le témoin de la vie, de la pensée de son maître et de son entourage, mais aussi de la vie des lettrés et de la société japonaise.
« Si vous voulez comprendre le Japon, identifiez-vous au chat de Sôseki. » (Extrait de la présentation de l’éditeur du roman)

Livre d’humour véritable, Je suis un chat comble à lui seule cette lacune avec un rare bonheur et suffit amplement à démentir l'opinion si répandue selon laquelle les Japonais manquent d'humour.
Tous les personnages s’agitent sous l’œil froid et amusé d’un chat qui fait preuve d’une étonnante maturité dès son arrivé chez le professeur Kushami. Le ton général de l’ouvrage est celui du haïkaï, poème de contenu comique. Nous retrouvons le haïku et un écho de ce fameux rappel de Sôseki sur sa volonté d’écrire un « roman-haïku ». Chat et haïku ont en commun cet art de la contemplation, ce jaillissement impromptu et l’écoute du silence qui fourmille de petites notes ne demandant qu’à être perçues.
Miettes d’un rêve ouvert…

Petits passages puisés dans les premières pages de Je suis un chat :
« Ce fut probablement mon premier regard sur ce qu’on appelle « l’homme ». J’eus à ce moment-là le sentiment que c’était une chose bien étrange, sentiment que je garde encore maintenant. D’abord le visage qui aurait dû être couvert de poils était lisse comme une bouilloire. J’ai rencontré beaucoup de chats par la suite mais je n’ai jamais revu pareil estropié.»
« Mon maître et moi nous trouvons rarement face à face. Il paraît qu’il est professeur. Quand il revient de l’école, il s’enferme dans son bureau pour le reste de la journée et n’en sort presque pas. Sa famille le prend pour un homme très studieux. Lui fait semblant de l’être, mais en réalité ce n’est pas le travailleur que l’on croit ici. De temps en temps je me glisse à pattes de chat dans son bureau pour jeter un coup d’œil et je le trouve souvent entrain de faire un petit somme. Parfois il bave sur un livre qu’il a commencé à lire. Il a l’estomac malade ce qui lui donne un teint couleur jaune clair, et son attitude est faite de raideur et de lourdeur. Quand il a avalé son copieux repas il prend de la Taka-diatase , puis il ouvre un livre. Au bout de deux ou troid pages, il s’endort et bave sur le livre. Programme habituel qui se répète chaque soir. Tout chat que je sois, il m’arrive de penser : un professeur a vraiment une vie heureuse. Si je renaissais en homme, je voudrais n’être que professeur. Si on peut occuper un emploi en dormant autant, un chat aussi en est capable. Et malgré cela, d’après mon maître, il n’y a rien de plus pénible que ce métier de professeur, et chaque fois que ses amis viennent chez lui, il grogne sur une chose ou une autre. Quand je suis etré dans cette maison, personne ne m’appréciait, à part mon maître. J’essuyais des rebuffades de partout où j’allais, et personne ne voulait de ma compagnie. Le fait qu’on ne m’apas encore donné de nom montre à quel point j’ai été négligé. Je m’y suis résigné et j’ai fait mon possible pour rester près de mon maître., car c’est lui qui m’a laissé entrer dans sa maison. Le matin quand il lit le journal, je monte toujours sur ses genoux. Quand il fait un somme, je grimpe sur son dos. Cela ne veut pas dire que j’aie de l’affection pour lui, mais comme je n’ai personne pour s’occuper de moi, vers qui puis-je me réfugier ? »

Aucun commentaire: