dimanche 18 octobre 2009

les petites chroniques

14. La PMA

Les FIV tournaient mal, je frisais la dépression. Le gynécologue étant plus obnubilé par le taux de réussite de sa clinique que par mon taux d'œstrogènes défaillant à cause de mon grand âge (38 ans), j'étais rongée par les échecs, culpabilisée par rapport à Julien, et aussi par rapport au médecin, parce que nous étions des mauvais élèves : rien, après les échographies, la cœlioscopie, l'hystérographie, l'hystéroscopie, le spermogramme et les multiples recherches sanguines ne laissaient prévoir que nous ne pouvions avoir d'enfants. Et pourtant, c'était comme ça, on n'y arrivait pas. Ça avait l'air d'agacer le spécialiste, un homme très élégant, condescendant et affable, chef incontesté d'une clinique dorée, à 80 euros les 10 minutes de consultation, et toujours au minimum trois heures de retard, adulé par ses infirmières, secrétaires et la plupart de ses patientes.
Comme je ne répondais pas bien aux traitements, il chargeait la mule de plus en plus, me prescrivant des doses massives d'hormones . Ça me donnait des nausées, des vertiges et je commençais à collectionner les kilos.
- « mais enfin, Mâdâââme, vous devriez faire attention à votre poids, les cellules grasses retiennent les œstrogènes! Ça ne me facilite pas la tâche! »
C'est vrai que moi, ça m'amusait de prendre du poids...
Le souci avec les doses massives d'hormones, c'est que chez moi, ça déclenchait mes ovulations plus tôt que ce que ses études de médecine lui avaient appris. J'ai essayé de le lui expliquer, mais à mon avis, cet homme là n'avait pas dû se rendre compte que, derrière mon ventre, il y avait un être humain doué d'intelligence, de sens de l'observation, d'esprit d'analyse et d'instinct.
« Docteur, il me semble, essayai-je une fois, d'une toute petite voix coupable, enfin, ce n'est pas la première fois que je constate que, si je suis stimulée, mon ovulation se déclenche plus tôt, vers le 9 ou 10ème jour, parfois; je le sais, je la sens!. »
- Voyons, mâdâââme, me répondit-il sans lever les yeux de mon dossier, comme s'il me grondait paternellement, je me base sur des analyses de sang, des échographies, des informations réelles et scientifiques.
- Oui, eu-je ce jour-là l'outrecuidance d'insister, mais je vous assure que je la sens, ça tire à droite ou à gauche...
- huhuhu! A droite ou à gauche. Permettez-moi d'en douter. Ce sont vos intestins que vous sentez, Mâdâââme. Nous sommes une clinique spécialisée dans la procréation médicalement assistée, Mâdâââme. »
La procréation médicalement assistée... Ce qu'ensuite, en habitués, nous appellerons la PMA, de l'air de ceux qui connaissent bien! Un terme poétique, comme tous les actes que cela implique, et qui réduit notre désir d'enfant à un assaut barbare de techniques de pointe dans nos organes soit-disant reproducteurs.
Toujours est-il que ce jour-là, en fin de course, après avoir essayé les inséminations, les FIV, les IXSI sans succès, d'avoir pu émettre un avis sensible et ressenti face à un si grand ponte, m'a décidé, en sortant de son cabinet en lui laissant le nième chèque de 80 euros, de ne pas me diriger vers le laboratoire et la salle d'échographie.
J'ai laissé tomber.
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1 commentaire:

Hélène a dit…

Pfiouuuu !!! Sans parler de "Mâdâââme, vous devriez faire attention à votre poids", me vient l'envie brutale de lui envoyer un gros gnon dans la tronche. Si ! Un gnon de solidarité.