dimanche 27 septembre 2009

les petites chroniques

11- Le grand ménage

Les autres entretiens se sont déroulés sans encombre, voire même plutôt bien. La psychologue de la DDASS nous a répété souvent que nous avions une réflexion très affinée, mais nous avons évité de prendre la grosse tête, un dérayage est si vite arrivé.
En tout, nous avons vu deux fois la psychologue et quatre fois l’assistante sociale. Les séances n’étaient pas de tout repos, d’autant que nous n’avons jamais réussi à résorber les épisodes violents dans la voiture sur le chemin nous menant au Conseil Général : les entretiens, ça nous mettait au court bouillon ! Mais l’expérience et la maturité, sans compter un entraînement sans faille, nous ont permis de mener à bien notre projet.
La dernière séance avec Madame Marvel mérite toutefois d’être évoquée un peu plus en détail. Elle devait venir visiter notre maison, afin de voir si elle était adaptée pour l’accueil d’un enfant. La visite était prévue en août. C’était la canicule ! La veille, ma sœur et ma mère nous avaient donné un coup de main pour le grand ménage : Nous voulions montrer à Madame Marvel combien nous étions ordonnés et propres. A quatre, ça a pris la journée, 40° à l’ombre, suant et ahanant en briquant comme des brutes. Seule fois de ma vie où j’ai autant lavé ! J’y suis même allée au coton-tige imbibé de javel pour déloger les miasmes noirs qui se logent à la périphérie des éviers et lavabos.
Quand Madame Marvel est arrivée, la maison était nickel ! Il faut adopter au moins une fois dans sa vie pour connaître ce plaisir d’une maison entièrement désinfectée : Une vraie salle d’opération !
Nous étions déjà de vieilles connaissances, Madame Marvel et nous. Elle, souriante, avenante, nous, décontractés, stupéfaits d’être aussi bien alors que, par la force des choses, nous n’avions pas pu nous défouler en nous disputant dans la voiture.
Par contre, saleté de canicule, nous n’étions, physiquement, pas à notre avantage… Madame Marvel non plus, remarquez. Nous avons vidé trois litres d’eau chacun et décidé d’un dernier entretien dans les locaux de la DDASS pour finaliser le projet au frais.Nous touchions le bon bout.
Et la maison sentait si bon l'eau de javel !

12 - L'agrément

Nous avons eu l’agrément le 13 novembre 2003. Ça m’a un peu rappelé quand j’ai eu mon permis de conduire. Bon, d’accord, ce n’est pas comparable sur le fond, mais sur la forme, un peu : un terrible soulagement, la sensation que finalement, nous n’avions pas été si mauvais que ça, et puis l'impression que ça y est, on est grand, on a l'autorisation – de conduire, ou d'avoir un enfant.
Il faut dire, que l’agrément, c’est quelque chose ; on oublie, ensuite, comme l'accouchement, parce que ce n’est que la première étape d’une longue série de galères. Mais c’est une démarche qui n’est pas anodine.


13 - Entre 19h et 20h30

Tu veux un enfant, tu te sens prêt à être parent, et tu l’as déjà sacrément prouvé puisque déjà tu viens de passer des mois à mûrir ton désir dans l’attente ponctuée de prises de sang à compter ton taux d'œstrogène, d’échographies à dénombrer tes follicules, de piqûres d’hormones à te faire toi-même dans le ventre, piqué de trous et violet, de seins gonflés 20 jours pas mois, d’inséminations et de FIV où ton pauvre mari est tout seul dans un cabinet avec des magazines porno à se palucher en silence, et d’échecs douloureux chaque mois où s’écroule ton rêve en même temps que la fameuse dentelle utérine…
Tu as également prouvé la force et l’union de ton couple. Et pas seulement grâce à l’épanouissement de ta vie sexuelle :
-« Allô, chéri, 13ème jour, le taux d’œstrogène est bon, on déclenche, prépare-toi !
- Ce soir ? Mais j’ai une réunion !
- Annule ! Mon gynéco dit entre 19 heures et 20h30 ! C’est là où on a le plus de chances !
- Merde ! Ça m’arrange pas !
Dans l’après midi, après ma piqûre de déclenchement faite par une infirmière DE (parce que dans les fesses, cette piqûre-là, toute seule, j'y arrivais pas), je m’enfile un litre d’eau pétillante pour alcaliniser mes fluides, ce qui devrait permettre aux spermatozoïdes de voguer sans danger jusqu’à leur objectif.
A 18h45, Julien arrive sur les chapeaux de roues. Si on fait vite, il pourra repartir juste après à sa réunion.
A 19 heures, on ferme les portes à clé ; il ne faudrait pas que quelqu’un débarque à l’improviste ; ce serait difficile de lui expliquer :
- Excuse-nous, ce soir, on doit tenter de se reproduire entre 19h et 20h30 !
On éteint aussi les lumières, comme si nous n’étions pas là, pour éviter qu’un même insiste et s'acharne sur la sonnette en criant :
- Allez, je sais que vous êtes là ! Ouvrez, bande de canailloux !
Pas bon pour la concentration!
Puis, on prend la pose !
Du grand romantisme !
Julien n'ose pas me toucher : la poitrine tellement gonflée et le ventre tellement tendu à cause de l’eau gazeuse que ça l'inquiète presque. Pourtant, c'est sûr, ça ne va pas exploser!
Je ne sais plus où j'ai lu que c’était mieux de jouir en même temps. Alors on s’attend, on fait durer le plaisir, on se taquine :
- Bon ben ça y est, là, je peux y aller ?
On se dit des mots doux :
- Et il était de combien, ton taux, cette fois-ci ?
Je termine la séance les pattes en l’air contre le mur ; ce n’est pas le médecin qui l’a dit, c’est une idée à moi pour que les spermatozoïdes aient une descente jusqu'aux ovules plutôt qu'une montée! Ensuite, comme je l'ai vu dans Barton Finch des frères Coen, où la nana après l'amour fait quelques exercices de yoga pour faciliter la prise, je me fais quelques respirations abdominales en soufflant comme un bœuf par le nez.
Une fois ce tendre moment passé, il ne faut pas oublier de prendre ¼ d’aspirine pour que l’utérus soit bien vascularisé, ainsi que le comprimé de progestérone.
Du grand romantisme !
Alors, bien sûr, l’agrément, après ça, c'est de la rigolade !
Sauf que non, parce qu'après avoir subi toutes les médicalisations et interventions possibles, testé toutes les hormones, il te reste encore l'autopsie du cerveau !

1 commentaire:

Hélène a dit…

Là franchement je suis terriblement déçue de lire que l'auto-pikouze dans les fesses c'est niet ! Un peu de yoga ? Blague à part c'est très drôle. Et très courageux.