dimanche 16 août 2009

les petites chroniques


7 - Et maintenant, le psychiatre
Nous n’avons pas été épargnés. En plus des entretiens avec l’assistante sociale et la psychologue de la DDASS, il fallut rencontrer un psychiatre, lui aussi choisi sur une liste, comme le médecin…
Ce qui ne présageait rien de bon !

8 - Les inadaptés
Nous arrivons un mercredi matin devant un centre médical assez bizarrement conçu, des baies vitrées un peu partout, tellement partout que nous ne trouvons pas la porte.
- ça commence ! me dit Julien, de méchante humeur.
Derrière, un curieux animal hilare aux poils de la tête en pétard se démène et nous fait des grands signes cabalistiques : c’est le psychiatre.
Il nous montre la porte en se marrant.
- ça y est, il nous a catalogué comme inadaptés ! me dit encore Julien. Viens, on s’en va !
- Mais non, ne sois pas si négatif. Allez, courage! Et puis, il a l’air sympa, à gesticuler derrière sa vitre en nous guettant.
Julien finit par trouver la porte, se forçant à sourire, et nous entrons.
- Venez, venez ! Entrez, c’est par là, suivez-moi, nous répète le drôle de bestiau qui sautille en riant devant nous. Il me fait penser à un singe, dans son allure, ses gestes : longs bras ballants, démarche simiesque, dandinement des épaules, et jusqu’à son rire qui ressemble à un cri de bonobo ! Je me reprends vite ! Ces animaux-là, ça te lit dans les pensées en un rien de temps, faut pas que je me trahisse, et surtout que je perde de vue mon objectif : avoir mon diplôme de mère modèle.
Bien sûr, dans la voiture, nous nous étions encore disputés, avant de parvenir à mettre au point une stratégie. J'avais lancé les hostilités.
- Bon, écoute, Julien, c'est important, devant le psy, il faut absolument qu'on s’écoute parler l’un l’autre.
- Ouais, dans un grand élan de respect mutuel. Ca va nous changer!
- Ben oui, et puis, on essaie de ne pas dire de grosses bêtises comme l'autre fois.
- Quelle autre fois? Ah et puis, je pense à une chose, lâcha Julien sans quitter la route des yeux, mais en prenant son air mauvais, « on » évite, si jamais par inadvertance je dis une petite bêtise, de donner à l’autre des coups de pieds sous la table!
- Oui, mais alors fais attention à ce que tu dis.
- Ah ne commence pas à me mettre la pression. C'est fou, on ne peut pas parler sans que tu dises que je fais toujours tout mal.
- Arrête ta parano, je n'ai pas dit ça; je dis juste de faire attention à ce qu' « on » dit, surtout à un psy! Ah! Et tant qu'on y est, faut faire attention aux blancs : on ne comble pas à tout prix les vides laissés par le psy, parce que c’est là qu’on dit des grosses bêtises.
Julien marmonna qu'il n'y avait pas que lui qui disait des bêtises pendant les blancs, ce sur quoi il n'avait pas tout à fait tort, mais je me gardai bien de l'admettre devant lui...

9 - Le ballet du bonobo
Nous nous étions conditionnés et préparés à tout.
Mais là, non, on ne pouvait pas prévoir.
Le spécialiste, qui ne s’est pas départi de son rire bonobien pendant toute l’heure d’entretien, a montré un comportement qui, s’il nous a déstabilisés au début, a bien failli nous mettre en péril par la suite. Il a fallu, au prix d'un effort surhumain, conserver coûte que coûte notre sérieux, et ça, ça n'a pas été sans mal : Le psychiatre a donc été agité, tout le temps de l'entretien, d'un étrange mouvement. Dans un premier temps, vautré, étalé même, sur son bureau, les bras en croix, le menton posé sur son (notre) dossier, il s’avachissait ensuite dans son fauteuil, glissant puis coulant progressivement derrière puis sous son bureau où il disparaissait, pour réapparaître soudain comme si tout ça était normal. Le rituel se répétait en boucle « je me vautre - je m’avachis - je disparais – et hop ! me revoilàààà », « je me vautre - je m’avachis - je disparais – et hop ! me revoilàààà ».
Le plus drôle, c’est quand il était à deux doigts de disparaître sous son bureau : le bas du visage caché par la table, on ne voyait plus que ses yeux, son front et sa touffe de cheveux animés de légers tremblements alors qu’il parlait.
Je ne regardais pas Julien, qui ne me regardait pas. Elèves appliqués, et qui avaient révisé, nous mettions nos consignes en pratique, non sans un certain étonnement, et nous faisions tout pour ne pas laisser paraître que nous avions conscience que son comportement était à la limite du normal!

10 - On est apte!
Franchement, je ne me souviens plus du contenu de l’entretien. Nous avons beaucoup parlé (surtout lui), nous avons eu des idées en commun, il a semblé séduit pas nos réflexions (apprises par cœur une heure avant dans la voiture), il s’écoutait beaucoup parler (surtout quand il était sous le bureau puisqu’on ne l’entendait plus), et il s’est validé ses propres idées sur l’adoption en nous disant que oui, selon lui, nous étions aptes !
Puis, il nous a expliqué qu’il était près de la retraite. Nous avons compati, pensant qu’il était grand temps !
Là, on n’a pas attendu d’être loin des baies vitrées pour avoir un fou rire, car il était encore derrière la vitre à faire le bonobo en agitant ses mains pour nous saluer, en riant comme un bienheureux, et nous avons fait comme si nous riions avec lui !
De bon cœur !
...

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