vendredi 20 mars 2009

NOUVELLE

Orange
deuxième et dernière partie

L’homme à la toge orangée se rua soudain sur une porte qu’il défonça à grands coups d’épaules. A la suite, des dizaines d’individus déchaînés firent irruption dans une immense salle, où avaient lieu des noces. Au centre, derrière une table nappée de blanc sur laquelle s’évasait une vasque remplie d’oranges, les jeunes mariés poussèrent en même temps un cri d’effroi et de surprise, vite happé par les chants tonitruants des arrivants. Comme un essaim de guêpes, la foule envahit toute la pièce en dansant dans un délire incontrôlable.La mariée fut soulevée du sol et portée de bras en bras par des hommes aux gestes grossiers, sa robe de mousseline blanche volant au milieu des couleurs, pour atterrir finalement aux pieds de l’homme à la toge. Celui-ci, exalté par l’ambiance pervertie, la bouche tordue, les yeux révulsés, se jeta sur elle, lui arracha sauvagement sa robe puis la viola dans une débauche de frous-frous blancs et safranés, sous les cris excités de la foule et les hurlements de détresse de la famille. Soudain, le mari empoigna un couteau, et, marchant littéralement sur les hommes qui râlaient et soufflaient comme des bêtes, il plongea sur l’homme et, plusieurs fois de suite, lui enfonça avec une violence inouïe son arme dans le dos. Une tache rouge sur l’habit orange, le violeur s’effondra, sans vie.

Elle arriva devant la grande porte grise. On la fit entrer par un minuscule portillon. Timidement, elle avança en suivant le gardien qui ne dit pas un mot. De hauts murs en pierre entouraient une cour carrée. Elle se sentait toute petite.
Intimidée.
Triste.
Absurde.
Quand elle entra enfin dans le parloir de la prison, elle déposa devant son mari un panier rempli d’oranges.

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