mercredi 12 novembre 2008

NOUVELLES

Arcanes majeurs
1ère partie


Marc pénétra dans la salle de réunion où déjà une dizaine d'hommes attendaient. Marc aurait pu les partager en deux catégories: les calmes - du moins en apparence - assis bien calés dans les fauteuils luxueux et assortis, leur serviette à terre appuyée le long de leur jambe, et les nerveux, posés sur la pointe des fesses, l'attaché-case serrée entre leurs bras crispés; certains étaient habités de tics presque imperceptibles et comiquement répétitifs.

Marc prit place dans un des sièges, confortable, et s'y assit avec aisance au plus profond du cuir.

Le poste qui était à pourvoir représentait une promotion professionnelle d'exception: l'entreprise la plus florissante de la région recherchait un directeur général, et la dizaine d'hommes qui se trouvaient là avaient déjà été triés sur le volet par une agence de chasseurs de têtes qui faisaient elle-même des tests préliminaires aux propositions d'embauche. Restait à passer l'entretien avec les actionnaires de l'entreprise, et Marc regarda les autres avec un mélange de sympathie et de férocité. En écho à son regard, il ressentit dans la salle une atmosphère de solidarité et d'ambition. chacun compatissait avec la tension de son voisin, puisque lui-même était en proie à de semblables angoisses, tout en désirant que son prochain lui faut inférieur dans le combat du challenge.

Tous les cols de chemises étaient repassés avec soin, les boutons des manchettes reluisaient sur des poignets nickels, des raies de cheveux étaient rectilignes comme des autoroutes allemandes, les plis des pantalons tombaient à pic sur des chaussures cirées à l'huile de coude.

Tous sursautèrent quand la porte s'ouvrit sur le chef du personnel - un petit personnage grassouillet et jovial - qui n'avait de rassurant que l'allure, puisque c'était à lui de décortiquer les concurrents pour en dégager la substance la plus adaptée à la charge vacante. Les hommes se levèrent comme un seul, et arborèrent un rictus de circonstance qui aurait pu vouloir être un sourire commercial.
L'homme leur fit signe de se rasseoir.
Tous se rassirent.
Comme un seul homme!

-Messieurs, commença le chef du personnel, vous savez pourquoi vous êtes ici. Le poste de Directeur Général qui se libère est un poste à hautes responsabilités. Il demande un homme dont l'envergure soit à la dimension de la maison; un homme dont le souci de lutte et de victoire soit le bain quotidien. Vous n'avez pas, messieurs, été choisis au hasard. Il reste une ultime épreuve à passer. Je laisse le soin à notre principal actionnaire de vous exposer la nature de cette épreuve décisive.

Les candidats se regardèrent, un peu surpris, mais atendirent la suite.

Un autre homme se présenta, aussi long et sec que le premier était court et gros. Il avait les yeux petits et perçants des familiers de la réussite et du brassage de devises.

- Messieurs, bonjour, débuta-t-il sur un ton paternel. Notre maison a toujours fait preuve de dynamisme et d'esprit de combativité, ce qui lui vaut sa place élevée sur le marché. Nos employés sont à l'image de leur entreprise, et il est important que celui d'entre vous qui sera choisi le soit aussi.
C'est pourquoi notre entretien d'embauche ne sera pas tel que vous l'attendez.
En effet, au-delà des questions traditionnelles, des tests psychologiques, des études comportementales et graphologiques, il existe un moyen absolu de tester la valeur des hommes, particulièrement adapté à notre demande. Il s'agira pour nous, messieurs, de juger votre adaptation à un rite social vieux comme le monde, un rite qui exprime et renforce l'unité du groupe, qui, dans un simulacre de lutte, nous démontrera votre attitude face aux forces hostiles, aux éléments, à vous même et à la mort. Les combinaisons de ce rite sont les modèles mêmes de la vie intime et sociale, en faisant ressurgir les oppositions internes et en les résolvant dans sa manifestation la plus ludique.

Messieurs, je vous propose, pour vous départager, de vous opposer dans un tournoi de tarot..."
*

fin de la première partie

3 commentaires:

Cécile a dit…

Hi ! hi ! hi ! La suite ! La suite ! le tarot rend donc si sauvage que ça ???
Bisous,
Cécile

Sophie a dit…

Ah! Ah! il va falloir être patiente pour connaître la réponse à ta question ;-)
bisous

Hélène a dit…

Ce coup-ci je me le suis fait "à l'ancienne" : j'ai pour une fois imprimé, posé et enfin lu en compagnie d'un café. Que les points de suspension sont frustrants !!!! Nom d'un chien !