vendredi 21 novembre 2008

le Bestiaire d'Apollinaire


une mine de portraits... un vrai jeu avec les mots, un petit bonheur.
Savourez le dernier portrait... Il vous rappellera forcément quelqu'un...

Le lion
Ô LION, malheureuse image
Des rois chus lamentablement,
Tu ne nais maintenant qu'en cage
À Hambourg, chez les Allemands.

La souris
BELLES journées, souris du temps,
Vous rongez peu à peu ma vie.
Dieu ! Je vais avoir vingt-huit ans
Et mal vécus, à mon envie

L'éléphantCOMME un éléphant son ivoire,
J'ai en bouche un bien précieux.
Pourpre mort !...
J'achète ma gloire
Au prix des mots mélodieux.

Le poulpe
JETANT son encre vers les cieux,
Suçant le sang de ce qu'il aime
Et le trouvant délicieux,
Ce monstre inhumain, c'est moi-même

La méduseMÉDUSES, malheureuses têtes
Aux chevelures violettes
Vous vous plaisez dans les tempêtes,
Et je m'y plais comme vous faites

Le hibou
MON pauvre cœur est un hibou
Qu'on cloue, qu'on décloue, qu'on recloue.
De sang, d'ardeur, il est à bout.
Tous ceux qui m'aiment, je les loue

Le dromadaire
Avec ses quatre dromadaires
Don Pedro d'Alfaroubeira
Courut le monde et l'admira.
Il fit ce que je voudrais faire
Si j'avais quatre dromadaires

Ibis
Oui, j'irai dans l'ombre terreuse
O mort certaine, ainsi soit-il !
Latin mortel, parole affreuse,
Ibis, oiseau des bords du Nil.

Le paon
En faisant la roue, cet oiseau,
Dont le pennage traîne à terre,
Apparaît encore plus beau,
Mais se découvre le derrière.
*

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