dimanche 5 octobre 2008

Dans le port d'Amsterdam


Ca ne vous fait jamais ça, vous? D'entendre un texte, des mots, une musique... et de sentir un flot de larmes irrépréssibles qui monte?
Cette chanson de Brel, je l'ai écoutée des centaines de fois... Et puis un jour, je l'ai entendue. Quelle force! Quelle émotion! Quelle poésie! chaque mot est intense, chaque image sublime. Le lien qui relie chaque mot à son précédent ou son suivant est simplement magique.
La fin est un bijou précieux.

Dans le port d'Amsterdam
Y a des marins qui chantent
Les rêves qui les hantent
Au large d'Amsterdam
Dans le port d'Amsterdam
Y a des marins qui dorment
Comme des oriflammes
Le long des berges mornes
Dans le port d'Amsterdam
Y a des marins qui meurent
Pleins de bière et de drames
Aux premières lueurs
Mais dans le port d'Amsterdam
Y a des marins qui naissent
Dans la chaleur épaisse
Des langueurs océanes
Dans le port d'Amsterdam
Y a des marins qui mangent
Sur des nappes trop blanches
Des poissons ruisselants
Ils vous montrent des dents
A croquer la fortune
A décroisser la lune
A bouffer des haubans
Et ça sent la morue
Jusque dans le cœur des frites
Que leurs grosses mains invitent
A revenir en plus
Puis se lèvent en riant
Dans un bruit de tempête
Referment leur braguette
Et sortent en rotant
Dans le port d'Amsterdam
Y a des marins qui dansent
En se frottant la panse
Sur la panse des femmes
Et ils tournent et ils dansent
Comme des soleils crachés
Dans le son déchiré
D'un accordéon rance
Ils se tordent le cou
Pour mieux s'entendre rire
Jusqu'à ce que tout à coup
L'accordéon expire
Alors le geste grave
Alors le regard fier
Ils ramènent leur batave
Jusqu'en pleine lumière
Dans le port d'Amsterdam
Y a des marins qui boivent
Et qui boivent et reboivent
Et qui reboivent encore
Ils boivent à la santé
Des putains d'Amsterdam
De Hambourg ou d'ailleurs
Enfin ils boivent aux dames
Qui leur donnent leur joli corps
Qui leur donnent leur vertu
Pour une pièce en or
Et quand ils ont bien bu
Se plantent le nez au ciel
Se mouchent dans les étoiles
Et ils pissent comme je pleure
Sur les femmes infidèles
Dans le port d'Amsterdam
Dans le port d'Amsterdam.

Jacques BREL
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3 commentaires:

La fargussienne a dit…

Pour moi ce sera, assez banalement ma foi, un Rimbaud, n'importe quel Rimbaud, en commençant par "Ma Bohême - je m'en allais, les mains dans mes poches crevées, mon paletot aussi devenait idéal, j'allais sous le ciel, Muse, et j'étais ton féal..."
Et puis la ballade des pendus de François Villon et puis et puis et puis...

Sophie a dit…

Et si je mettais la ballade des pendus de votre part sur le blog??? Pour Rimbaud, moi aussi, j'aime tout (il n'y a malheureusement pas grand'chose), et je lui consacrerai un petit article plus tard...
Sinon, il y a Baudelaire... là aussi, c'est banal... Ca n'empêche pas d'être beau...

La fargussienne a dit…

Yes no problemo ! (Au contraire). Beaudelaire aussi. Et Verlaine aussi. Et Walt Whitman aussi. Et Dante aussi. Et puis il y a plein de bardes bretons aussi... Et tout René-Guy Cadou et bon j'arrête... Bonne soirée !